Le 5 février 2026 restera un jour noir pour le désarmement nucléaire : à cette date a expiré le traité dit New Start, dernier traité bilatéral USA-Russie de limitation volontaire des arsenaux nucléaires des deux plus importants détenteurs de l’arme nucléaire. Signé à Prague le 8 avril 2010 par les présidents Obama et Medvedev, entré en vigueur en février 2011 pour dix ans, puis prolongé pour cinq ans, New Start s’inscrivait dans le prolongement des accords SALT des années 70 et des traités START des années 90 visant à la diminution et au contrôle des armements stratégiques : le traité de 2010 limitait à 700 le nombre de lanceurs nucléaires stratégiques déployés et à 1 550 le nombre de têtes nucléaires déployées sur ces lanceurs. Il établissait par ailleurs un nouveau système d’inspection et de vérification du respect des clauses de l’accord.
Comme l’a souligné le secrétaire général de l’Onu Antnio Guterres dans une déclaration solennelle le 4 février 2026, « l’expiration du traité New Start, marque un moment grave pour la paix et la sécurité internationale. Pour la première fois depuis plus d’un demi-siècle, nous faisons face à un monde sans aucune limite contraignante sur les arsenaux nucléaires stratégiques. Cette rupture survient au pire moment alors que le risque qu’une arme nucléaire soit utilisée est le plus élevé depuis des décennies ». Guterres de rappeler que tout au long de la guerre froide et après celle-ci, le contrôle des armements nucléaires entre les gouvernements américain et russe a permis d’éviter la catastrophe. Ce sont des milliers d’ogives qui ont été retirées des arsenaux, des mécanismes d’inspection ont été mis en place, des lignes rouges clarifiées : l’architecture était imparfaite, mais elle réduisait l’espace de l’erreur et du malentendu. Cette patiente construction s’effondre aujourd’hui d’un seul bloc.
La fin de New Start intervient dans une période de tensions majeures entre grandes puissances, et de négociations sur le programme nucléaire iranien, soulignant l’urgence de relancer le désarmement nucléaire. Alors que le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) dans son article 6 fait obligation aux États dotés de l’arme nucléaire d’agir de bonne foi pour le désarmement nucléaire, on assiste au contraire à la tentative de s’affranchir des limites imposées par les traités qui arrivent à expiration. Sous couvert de « modernisation », les puissances nucléaires développent leurs arsenaux, parfois même massivement comme la Chine qui cherche à combler son retard sur les USA et la Russie. La France n’est pas en reste comme en témoignent les orientations budgétaires récentes.
Dans ce contexte international plus que préoccupant, le risque, c’est celui de la banalisation de l’emploi et des conséquences de l’arme atomique, pourtant largement connues. Les associations de scientifiques et de médecins contre l’arme nucléaire, les « hibakushas » qui ont survécu aux bombes d’Hiroshima et Nagasaki, les organisations pacifistes telles le Mouvement de la paix et ICAN, le pape Léon XIV, les centrales syndicales internationales CSI et CSE, tous lancent l’alerte et réclament que l’on agisse de toute urgence pour stopper la spirale de la course aux armements, nucléaires en premier lieu.
L’année 2026 pourrait être charnière : la XIe Conférence d’examen du TNP se tiendra du 27 avril au 22 mai à New York, dans un contexte difficile, alors que lors des deux conférences précédentes, on avait échoué à produire un document final en 2015 et que celle de 2022 s’était également soldée par un échec. Du 30 novembre au 4 décembre aura lieu à New York la 1reconférence d’examen du TIAN (Traité sur l’interdiction des armes nucléaires) après que se sont déjà tenues trois rencontres des États-parties en juin 2022, novembre 2023 et mars 2025. Ces deux conférences offrent l’opportunité de faire entendre les voix des peuples : il faut exiger des gouvernements et des diplomates qu’ils agissent concrètement pour le désarmement nucléaire.
En France, nous appelons le gouvernement à jouer un rôle actif et indépendant lors de la conférence du TNP en faveur d’un processus de désarmement nucléaire progressif, multilatéral et négocié conforme à l’article 6 du TNP. Nous appelons en outre à ce que la France participe au moins en tant qu’observateur, comme d’autres pays de l’UE, à la conférence d’examen du TIAN, de manière constructive et dans la perspective de rejoindre le Traité en tant que puissance nucléaire. Ainsi, notre pays, membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, retrouverait tout son rôle et tout son crédit sur la scène internationale.
Alain Rouy
Secteur international du PCF
Article publié dans CommunisteS, numéro 1073 du 11 février 2026