Groenland : la fin de l’OTAN et de l’UE

Groenland : la fin de l’OTAN et de l’UE

Le Groenland est une des cibles principales d’un impérialisme étasunien en voie de refondation. Comme d’ailleurs à chaque fois que ce dernier se recompose et se redéploie : que ce soit au lendemain de la guerre de sécession, ou encore au lendemain de l’adoption du corolaire (Théodore) Roosevelt de la doctrine Monroe au début du 20e siècle, ou bien au début de la guerre froide. Versant septentrional de la doctrine Monroe, le contrôle des minerais et terres rares que ce « territoire constitutif » du Danemark recèle, ainsi que celui des routes maritimes et de l’espace aérien qui l’entourent sont une application de la nouvelle doctrine stratégique de la Maison-Blanche. Il faut bien sûr le dénoncer avec force.

Mais il faut aussi aller plus loin. Dans le contexte de la recomposition brutale de l’impérialisme à l’heure d’un capitalisme et d’une mondialisation capitaliste en crise, la question du Groenland pose une autre question : celle de la nature, des cadres et des moyens de l’impérialisme contemporain. Et par conséquent, celle de la crise des cadres issus de la phase néolibérale de l’impérialisme, qui est maintenant close. En l’occurrence, l’OTAN et l’UE.
L’affaire du Groenland sonne le glas de l’OTAN. L’OTAN, produit de la guerre froide, préexiste à la phase néolibérale de l’impérialisme. Mais depuis 1990, toujours bras armé des États-Unis, ses missions de plus en plus interventionnistes ont en réalité suivi les recompositions de l’impérialisme après la fin de la guerre froide. Désormais, cette phase est close. L’impérialisme US ne fait plus de l’OTAN son outil principal, à part (et c’est important) dans son volet industriel, pour exercer une pression sur ses membres pour qu’ils achètent US pour leur armement et, par conséquent, augmentent leurs dépenses militaires. Le Pentagone peut clouer au sol les F35 achetés par les membres de l’OTAN. Plus que jamais, l’OTAN n’assure nullement la sécurité des peuples européens mais, au contraire, est une menace pour eux. Toutes les alertes lancées par les communistes depuis la création de l’Alliance atlantique trouvent ici, à nouveau, leur illustration. La tétanie des dirigeants européens face à cette réalité est sidérante. Comment exiger, comme le fait Emmanuel Macron, un « exercice de l’OTAN » au Groenland ? C’est l’ensemble du logiciel de l’UE et des classes dirigeantes européennes qui, depuis la Déclaration Union européenne-OTAN sur la politique européenne de sécurité et de défense de 2002, n’ont eu de cesse de se soumettre toujours plus servilement à l’OTAN et aux USA, qui vole en éclats. Il serait grand temps d’en tirer les conséquences !

Concernant l’UE, les contradictions de cette construction capitaliste telle qu’elle est structurée depuis l’Acte unique et le traité de Maastricht entrent dans une phase terminale. Non pas que les institutions de l’UE vont cesser d’exister demain matin. Mais la logique de l’UE telle qu’elle est déterminée dans les traités européens vole également en éclats. Il s’agissait d’assurer l’entrée des classes dirigeantes européennes, dans leur diversité et leurs contradictions, dans la phase néolibérale de la mondialisation capitaliste, en resserrant les liens de dépendance avec les États-Unis, avec le dollar et, nous l’avons vu, avec l’OTAN. Comme cette phase est terminée, il est logique que l’UE entre dans une crise structurelle. Or, structurellement, il n’est pas possible de réformer en profondeur l’UE maastrichtienne. On voit aujourd’hui toutes les limites d’un « réaménagement » dans le cadre des traités existants. L’instrument anti-coercition qu’on nous vante ces derniers jours comme un « bazooka » tire en réalité à blanc car il ne rompt pas avec la logique des traités européens. Comme pour toutes les dispositions commerciales, sa mise en place requiert la majorité qualifiée du Conseil européen, c’est-à-dire 55 % des États membres représentant 65 % de la population. Il s’agit en réalité de donner quitus à la Commission européenne pour « enquêter sur une éventuelle coercition ». En sachant que c’est exactement cette même commission qui a organisé la reddition de l’Europe lors des discussions avec l’administration Trump sur les droits de douane en août dernier.

Les contradictions de l’UE telle qu’elle existe aujourd’hui entrent dans leur phase terminale pour deux autres raisons. Le fonctionnement de l’UE requiert un certain consensus entre les principales bourgeoisies nationales qui la composent, ou, quand ce n’est pas le cas, offre un terrain d’élaboration de ce consensus. Mais quel consensus serait aujourd’hui possible alors que les dynamiques centrifuges se renforcent ? Le gouvernement français ne cesse de parler d’ « autonomie stratégique » sans rien faire dans cette direction ; le gouvernement d’extrême droite italien tente de garder son lien privilégié avec Trump ; le gouvernement hongrois d’extrême droite a annoncé sa volonté de participer au « bureau de la paix » de Trump dont l’objectif est de marginaliser l’ONU ; le gouvernement espagnol, le plus à gauche d’Europe, essaie de résister dans la mesure de ses fragiles marges de manœuvres.

Enfin, l’UE dépend aussi des rapports de force qui s’exercent au sein des États membres. Or, aujourd’hui le gouvernement français, tout comme la coalition allemande, sont hautement instables. Les deux principales puissances de l’UE, dans des mesures certes différentes, sont en proie soit à une instabilité politique, soit à une fragilité gouvernementale qui rendent hautement incertain leur avenir politique. Dans ces deux pays, l’extrême droite est aux portes du pouvoir.

Là encore il est temps d’en tirer les conséquences et d’engager une démarche politique pour la sortie et la dissolution de l’OTAN et pour la remise en cause des traités européens !

Comme l’exigeait le communiqué du PCF du lundi 19 janvier : « La France peut prendre la tête d’une coalition d’États prenant des mesures immédiates telles que la dénonciation de l’accord commercial signé en août 2025 entre l’UE et les États-Unis, qui signifiait une reddition complète des Européens. La Commission européenne ne doit plus pouvoir décider seule de la politique commerciale des États européens ! Il est temps d’engager une démarche remettant en cause les traités européens. Tout en annonçant sa sortie immédiate du commandement militaire intégré de l’OTAN, la France doit prendre des initiatives européennes pour la construction d’un espace paneuropéen de sécurité collective en toute indépendance de l’OTAN, des États-Unis et de l’UE. »

Vincent Boulet
Responsable des relations internationales

Article publié dans CommunisteS, numéro 1070 du 21 janvier 2026.

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