Intervention au Conseil municipal d'Annecy de Loris FONTANA (PCF) le 29 juin 2026

Intervention au Conseil municipal d'Annecy de Loris FONTANA (PCF) le 29 juin 2026

Monsieur le Maire, cher.e.s collègues,

Je souhaitais intervenir ce soir sur un sujet que vous venez vous-même d’évoquer en ouverture de ce conseil. Et je dois dire que votre annonce, si elle constitue un premier signe, appelle de ma part une réponse — parce qu’elle ne suffit pas, et parce que l’ambiguïté que vous maintenez est elle-même un problème.

Depuis l’ouverture de l’enquête préliminaire par le parquet d’Annecy concernant des faits graves mettant en cause M. Anthony Granger, plusieurs semaines se sont écoulées dans un silence total de votre part. Pas une parole devant cette assemblée, pas un mot pour la presse, pas un signe à destination des agent.e.s de cette collectivité ni des habitant.e.s. Ce silence n’était pas neutre : il disait que cette affaire ne méritait, aux yeux de l’exécutif municipal, ni explication, ni positionnement, ni geste.

Ce soir, vous rompez ce silence — et nous en prenons acte. Mais ce que vous annoncez ne règle rien sur le fond. Une absence, même prolongée, n’est pas une suspension. Un retrait informel n’est pas une décision institutionnelle. Et c’est précisément là que le problème demeure entier.

Le flou que vous maintenez autour de la situation de M. Granger n’est pas anodin.

Une absence, de fait, ne change pas cette réalité. Elle permet simplement de gérer la situation dans l’ombre, sans avoir à l’assumer publiquement, sans que cette assemblée ni les habitant.e.s n’aient de visibilité sur ce qui a été décidé, par qui, et pourquoi.

Ce n’est pas acceptable, car cette affaire dépasse la situation personnelle d’un élu. Elle pose la question de la manière dont une collectivité comme la nôtre traite les signalements et les enquêtes liés à des violences sexistes et sexuelles, lorsqu’ils concernent ses propres représentant.e.s.

Quel message envoyons-nous aux agent.e.s de la ville, aux femmes (très majoritairement victimes de violences sexuelles et sexistes dans notre société) qui travaillent dans cette administration, aux habitantes et habitants d’Annecy ? Que face à une enquête de cette gravité, il suffit de s’éclipser discrètement pour que tout rentre dans l’ordre ? Ce n’est pas la hauteur que mérite ce sujet. Le mutisme d’abord, le flou ensuite : ce n’est pas une politique, c’est une gestion de l’embarras.

Je veux d’ailleurs aussi adresser un message à la personne qui a eu le courage de briser le silence : cela mérite le respect et ce conseil doit être un endroit où la parole des victimes présumées compte.

J’ajoute un mot sur un sujet que votre annonce de ce soir ne règle pas davantage. L’Essor Savoyard a consacré, début juin, sa Une à cette affaire. L’hebdomadaire a lui-même rapporté que cette édition avait fait l’objet d’achats massifs et inhabituels, au point que les exemplaires disponibles ont disparu des rayons dès l’ouverture des points de vente. Une presse locale libre, qui peut enquêter et publier sans craindre d’être empêchée de circuler, est une condition de notre démocratie municipale. Sur ce point aussi, le flou n’est pas une réponse et notre conseil ne peut rester silencieux.

En conclusion, Monsieur le Maire, nous vous demandons ce soir d’aller au bout de la démarche que vous avez esquissée :

      •     que la suspension de M. Granger de ses fonctions et délégations de premier adjoint soit prononcée officiellement, clairement, et communiquée publiquement ;

      •     que cette décision soit présentée pour ce qu’elle est : une mesure de précaution, respectueuse de la présomption d’innocence, mais cohérente avec la responsabilité particulière qu’implique la fonction de premier adjoint ;

      •     et que cette assemblée soit pleinement informée des conditions dans lesquelles cette décision est prise.

Une demi-mesure annoncée dans l’ambiguïté ne restaure pas la confiance. Elle l’entame un peu plus.

Il est temps d’assumer clairement ce que la situation commande.

Je vous remercie.

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